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Commercialisation de l’arachide : Les contours d’un échec

Commercialisation de l’arachide : Les contours d’un échec

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by janvier 10, 2018 A la une, Economie

La campagne de commercialisation de l’arachide 2017-2018, ouverte il y a quelques semaines, bat de l’aile. Le Sénégal qui a battu un record dans la production arachidière cette année, avec une récolte record de plus de 1,400 million de tonnes, peine cependant à les écouler. Une difficulté dont la principale cause émane de l’Etat du Sénégal, du fait de son manque de vision et de ses tâtonnements pour cette campagne de commercialisation.

Certes, pour cette année, le Sénégal a atteint une production record, seulement, les autorités ont longtemps fait fi de toutes les alertes qui leur ont été lancées avant l’ouverture de cette présente campagne. Conséquence, les producteurs, faute d’acheteurs, sont obligés de brader leurs récoltes. Ceci, malgré la décision tardive de l’Etat du Sénégal de suspendre, pour cette année, la taxe à l’exportation de graines d’arachides.

Or, une meilleure lecture de l’Etat du Sénégal aurait permis de savoir que la Chine, principale importatrice, a atteint, cette année, une récolte de 20 millions de tonnes, alors que ses besoins sont estimés à 16 millions de tonnes. Dans le même temps, cette surproduction de la Chine, ainsi que des pays comme l’Inde, l’Argentine et les Usa a entrainé une baisse du cours mondial de l’arachide. Face à cette situation, SONACOS se trouve contrainte de vendre la tonne d’huile à l’international à 1300 dollars, alors qu’avant, elle la cédait à 1550 dollars.

Les Chinois, faut-il le rappeler, s’étaient montrés très présents dans le marché sénégalais, lors des dernières campagnes de commercialisation de l’arachide, au point d’arracher auprès des producteurs le prix du kilogramme d’arachide à 250 FCFA voire à 300 FCFA, soit plus que le tarif fixé par l’Etat qui est de 210 FCFA.

Face à la compétitivité des prix sur le marché international, la qualité de l’arachide produite par le Sénégal est en question. Si des pays comme la Chine, l’Inde, etc. se sont détournés du marché sénégalais en raison de leur surproduction, tel n’est pas le cas pour des pays comme le Vietnam. Ce pays a décidé de suspendre ses importations d’arachide du Sénégal, à cause d’un constat d’une contamination d’insectes en quarantaine. En effet, le Vietnam, via son ministère de l’Agriculture et du Développement rural, a décidé de mettre l’embargo sur les importations d’arachide en provenance du Sénégal, depuis le mois de juillet de l’année 2017, après que 48 conteneurs d’arachide d’origine sénégalaise, avaient été examinés. Des bruches nuisibles (Trogoderma granarium Everts et Caryedon serratus Olivier) y avaient été détectées.

Comme pour dire que les producteurs sont loin de sortir de l’auberge, avec toutes ces tuiles qui leur tombent sur la tête, voilà que des huiliers nationaux, à l’instar de COPEOL (Compagnie d’exploitation des oléagineux), baissent le bras à l’occasion de la présente campagne. COPEOL réclame à l’Etat du Sénégal la somme due de 3 milliards de FCFA pour les besoins de la campagne 2016-2017. L’un des responsables de l’Association sénégalaise pour la promotion du développement à la base (ASPRODEB) se lamentait d’ailleurs de cette situation.

Pour cause : « L’ASPRODEB avait signé un contrat avec COPEOL dans le but de faciliter la commercialisation. Mais, faute de recevoir la subvention de 3 milliards de l’Etat pour la campagne 2016, l’unité industrielle ne pourrait pas rachetait les 21 700 tonnes prévues auprès de 30 000 producteurs que compte notre réseau », déclarait Cheikh Sall. C’était au cours d’un point de presse. Une situation qui fragilise le contrat signé sur trois ans entre COPEOL et l’ASPRODEB et qui entraine une mévente conséquente de l’arachide. Tout ceci, à cause du manque de ressources financières de COPEOL par la faute de l’Etat. Une situation sur laquelle sautent les spéculateurs, du fait que SONACOS, à elle seule et qui est également en proie à des difficultés financières, ne peut pas acheter les récoltes arachidières, malgré les assurances de son Directeur général, M. Pape Dieng (Voir par ailleurs). Les spéculateurs, face à des paysans désemparés, ne sachant pas à quel saint se vouer, profitent de l’occasion pour obliger ces derniers à brader leurs récoltent à des prix bien en deçà des 210 FCFA homologués par l’Etat.

Les signes d’une campagne désastreuse

Une situation dont l’Etat aurait pu s’épargner, si avant même l’ouverture de la campagne de commercialisation, il avait prêté oreille à tous les acteurs de la filière qui déjà tiraient la sonnette d’alarme. Le Collectif des producteurs et exportateurs de graines d’arachide (COPEGEA) avait déjà dessiné les signes de ce qui pourrait être une campagne agricole désastreuse. Le Président du COPEGEA, Habib Thiam, qui dénonçait la taxe sur l’exportation d’arachide, soutenait que sur la récolte de 1,400 million de tonnes, l’Etat n’avait subventionné que 150 mille tonnes à l’exportation, laissant le reste entre les mains des huiliers, dont les insuffisances pour absorber le reste, ont déjà été notées.

Habib Thiam s’en prenait ainsi à l’Etat : « Même si c’est ce que souhaite l’Etat, nous, les exportateurs, ne laisseront pas les huiliers faire roue libre ». Selon lui, « l’Etat ne fait que simuler et essayer de tromper les vrais acteurs agricoles ». Il appelait ainsi le gouvernement à revoir l’organisation de la campagne de commercialisation de l’arachide et à cesser les manigances qu’il « est en train de poser sur la filière. D’où son appel resté lettre morte, à une rencontre entre « l’État et les opérateurs exportateurs pour arrondir les angles dans le but de faire bénéficier à tous les acteurs de la filière des profits de la campagne qui s’annonce à grands pas ».

Pour se rattraper, l’Etat du Sénégal a pris la mesure de suspendre la taxe à l’exportation sur l’arachide pour cette présente campagne, après avoir noté le désarroi dans lequel étaient les producteurs. Une taxe qui, faut-il le rappeler, a été un des éléments moteurs qui a freiné l’exportation de l’arachide.

Le Directeur général de SONACOS dans la « peau du sapeur-pompier »

Or, comme dit tantôt, auprès des huiliers, seule SONACOS a démarré la campagne de commercialisation auprès de plus de 400 points de collectes retenus par le Comité national interprofessionnel de l’arachide (CNIA). Du fait que les autres huiliers, à l’instar de COPEOL, réclament à l’Etat l’apurement de leurs créances de la campagne passée. Au cours d’un point de presse tenu la semaine écoulée à Kaolack, le Dg de SONACOS a révélé que 46 000 tonnes d’arachide ont été collectées par sa société depuis l’ouverture de cette présente campagne démarrée le 1er décembre 2017.

Il se fixe un objectif de 250 000 tonnes. « Au 02 janvier 2018, après juste un mois de campagne, nous avons déjà collecté 46 000 tonnes de graines avec plus de 736 camions en attente de déchargement contre seulement 26 000 tonnes à la même période de l’année dernière avec 119 camions en attente », brandit M. Pape Dieng.

Qui même rayonne : « Notre objectif aujourd’hui, c’est d’acheter les graines. Si nos confrères huiliers et les exportateurs viennent tant mieux, mais s’ils ne viennent pas, la SONACOS achètera la totalité des graines ». « Nous (SONACOS) payons chaque jour 500 millions F CFA aux opérateurs pendant les 5 mois de la campagne. Donc nous pouvons espérer une bonne campagne de commercialisation qui fera l’affaire de tous les acteurs de la filière », soutient-il.

Alors que la situation financière de SONACOS va de mal en pis et que des des producteurs jettent l’anathème sur sa société, incapable de relever les défis que pose cette campagne, Pape Dieng lui regarde autrement. Il assure que les usines de SONACOS effectuent l’achat des graines, les triturent et les raffinent. Afin de pouvoir vendre au plan local l’huile d’arachide. Ainsi, pour remédier à la vétusté des installations de SONACOS, M. Dieng annonce l’achat prochain de dix machines de presse d’une capacité de production estimée entre 90 000 et 120 000 tonnes par jour. Ce qui va permettre à SONACOS d’augmenter la production de l’huile raffinée. En tout cas, ce discours optimiste du Dg de SONACOS ne convainc pas nombreux d’acteurs de la filière.

Thiémokho Bore (Source : Kritik)

 

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