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El Hadj Baba Ndiongue : Plus qu’un Moukhadam, un Khalife…

El Hadj Baba Ndiongue : Plus qu’un Moukhadam, un Khalife…

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by avril 14, 2019 A la une, Société

El hadji Baba Ndiongue était, sans nul doute, quelqu’un de très spécial dans la cour de Maodo. Témoin d’histoire, son sens de la dignité et de la loyauté était reconnu par tous et avait fini par lui conférer un haut rang en sus d’un rôle légendaire auprès de Seydi El Hadji Malick Sy.

«Kooku Baba » (Est-ce Baba), s’interrogeait Maodo Malick, lors d’une de ses auditions chez le colon. L’homme était bien là, fidèle au rendez-vous. Pour dire qu’El Hadji Baba Ndiongue était toujours prêt à subir le même sort que son maitre. Il s’agit là comme d’un serment d’honneur qu’il ne viola jamais.

Confié au guide juste après ses premières humanités auprès de Tafsir Ahmed Ndiaye Sarr, El Hadji Baba Ndiongue était un étudiant hors-pair, puis était vite devenu un pion essentiel dans le dispositif de Maodo. Investi missionnaire, il prenait à cœur son rôle et fut exemplaire dans la tâche. L’homme alliait, en effet, discipline et humilité dans la tenue, volonté et rigueur dans la démarche.

Sa relation avec le Cheikh était particulière. En effet, l’histoire retiendra que dans un moment tendu, devant la pression de l’administration coloniale, le jeune étudiant était plus que jamais déterminé à accompagner son maitre. Son engagement était sans appel et sa loyauté finit par convaincre Maodo dont l’admiration pour le jeune homme prenait des dimensions. El Hadji Baba Ndiongue était un homme complet qui méritait, désormais, reconnaissance et respect.

A 31 ans, en 1907, il reçut enfin le Lidjaza des mains de son maitre qui le libérait ainsi avec une telle récompense et l’investissait à Podor où il ouvrit un Daara. Un lieu de culte des connaissances et des bonnes valeurs à la hauteur de l’homme qui gagna très vite en renommée et en performance.

La saga d’El Hadji Baba Diongue ne s’arrêta pas là. A Podor, sa mission n’était pas de tout repos. En effet, ses relations avec le colon s’annonçaient difficiles. Toutefois, grâce à son intelligence, son sens de la dignité et sa sagesse, cet homme de Dieu a réussi à s’imposer dans son fief ou l’administrateur a fini par se plier devant la haute posture du nouveau Cheikh. N’ayant pas cédé aux intimidations, El Hadji Baba Ndiongue n’a pas non plus été une gêne pour ses co-habitants.

Avec les plus grands honneurs, le Moukhadam de Podor était reconnu comme l’une des plus grandes figures de la résistance pacifique. Il s’est fait discret mais ardent défenseur de la Tarikha Tidjiane jusqu’à sa disparition en 1952, lorsqu’il laissait derrière lui, un héritage lourd de symboles à Podor qui est, désormais, un joyau religieux dont l’influence est légendaire.

Portrait d’El Hadj Baba Ndiongue de Podor (1876-1952)

Né en 1876 à Podor, il est originaire de Bokhol dans le département de Dagana.

En 1889, sa vie allait changer lorsqu’un jour, en revenant des cours, il entendit El Hadj Malick Sy (RTA) prêchant sur une place publique. Subjugué par la maitrise que le Saint-Homme avait du Saint-Coran, il fit sa connaissance et décida de ne plus le quitter.

El Hadj Malick Sy, conscient de sa responsabilité, sollicita alors auprès de son père l’autorisation de prendre en charge son fils.

El Hadj Baba Ndiongue racontera plus tard que dès ses premiers contacts avec Maodo, il se rendit compte qu’il ne savait pas grand-chose alors qu’il croyait posséder de solides connaissances.

Il fera partie de ceux qui suivront le séminaire de Ndiarndé. Il restera auprès du maître jusqu’au jour de 1907 où il le fera venir devant lui, avant de lui remettre un certificat de capacitation (IJAZA) écrit de sa propre main et de lui intimer l’ordre de repartir à Podor.

Il mourut à Podor en Mars 1952 et ses obsèques seront dirigées par El Hadj Thierno Seydou Nourou Tall (RTA). Depuis sa disparition, le Khalifat est assuré par Serigne Cheikh Baba Ndiongue qui a la lourde tâche de perpétrer l’héritage de Baba. D’ailleurs, ce samedi 20 Avril sera célébré le Gamou annuel d’El Hadj Baba Ndiongue, animé, tous les ans, par Serigne Mbaye Abdou Sy dit «Ndiol Fouta». Sur recommandation de son regretté père, Serigne Abdou Aziz Sy « Dabakh. »

Source : Asfiyahi.org

Zahra Badiane (Journal Kritik du samedi 13 au dimanche 14 Avril 2019)

Témoignages

El Hadj Cheikh Ndiongue Ibn El Hadj Oumar Diongue, petit-fils d’El Hadj Baba Ndiongue

« Son allégeance à El Hadj Malick n’avait pas de limites »

« El hadj Baba Ndiongue est un disciple hors du commun qui était entièrement dévoué à El Hadj Malick Sy. Dans l’un de ses poèmes dédiés à Maodo, il invitait les disciples du Cheikh à ne regarder nulle part ailleurs d’autant que Maodo sera leur bouclier ici et dans l’au-delà.

Son allégeance à El Hadj Malick n’avait pas de limites. D’ailleurs, quand El Hadj Malick Sy a été convoqué par le Gouverneur de Saint-Louis, il s’y est rendu avec quelques-uns de ses disciples dont El Hadj Baba Ndiongue. L’attente fut longue et les disciples vidèrent la salle d’attente à l’exception d’El Hadj Baba Ndiongue.

A sa sortie de son audience, Maodo lui demanda : ‘’Où sont tes condisciples’’. Il répondit : ‘’Ils sont tous partis. Mais moi, mon dévouement ne me permet pas de quitter les lieux. Soit, vous êtes libéré et on rentre ensemble. Soit, vous êtes exilé et je vous suis’’.  Et c’est ce jour qu’il a acquis la notoriété d’autant que Maodo est sorti du bureau du gouverneur avec une lumière indescriptible.

Un jour de 1907, Maodo convoqua certains disciples dont El Hadj Baba Ndiongue à qui il demanda de se préparer pour retourner à Podor. Mais, El Hadj Baba Ndiongue lui fit savoir que son souhait était de rester à ses côtés. ‘’Tu as une mission à accomplir pour ton seigneur’’, lui dit Maodo.

Ensuite, Maodo leur décerna des certificats qui les élevaient au grade de Moukhadam. Mais, il demanda à El Hadj Baba Ndiongue de ne pas ouvrir son enveloppe avant d’arriver à Saint-Louis. El Hadj Baba Ndiongue s’exécuta. Arrivé dans la vieille centenaire, il ouvrit la lettre avant de découvrir le grade que le Cheikh lui avait octroyé. Trop élevé, selon El Hadj Baba Ndiongue qui rebroussa chemin pour rallier Tivaouane.

Dès qu’il franchit le seuil de la porte, Maodo lui dit : ‘’Ce choix n’est pas de moi car, on m’a intimé l’ordre de t’élever à ce grade’’.

De retour à Podor, El Hadj Baba Ndiongue, au lieu de faire dans l’excentrisme, se comporta en talibé de Maodo avec ses compagnons comme Magoum Sarr, Lamine Sarr, Assane Sarr pour ne citer que ceux-là. Il ouvrit une daara, répandit le tidianisme et se consacra à ses champs jusqu’à son rappel à Dieu.

Autre fait important à souligner, présidant la Journée de la paix organisée en Casamance, le regretté Khalife Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amine raconta que, lors de la première guerre mondiale, les occidentaux avaient demandé à Maodo de prier pour la fin de la guerre.

Pendant la deuxième guerre mondiale, ils demandèrent à Serigne Babacar Sy de faire de même. Ce dernier leur demanda d’aller voir Serigne Mansour Sy ou ses frères. A défaut, il leur recommanda d’aller à Podor auprès d’El Hadj Baba Ndiongue, le seul habileté à remplacer la famille d’El Hadj Malick Sy. C’est dire qu’El Hadj Baba Ndiongue n’est pas un Moukhadam mais plutôt un Khalife d’El Hadj Malick Sy. »

Propos recueillis par Z. Badiane

(Journal Kritik du samedi 13 au dimanche 14 Avril 2019)

 

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