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Idrissa Seck : La résurrection politique ?

Idrissa Seck : La résurrection politique ?

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by janvier 9, 2018 A la une, Politique

L’ancien Premier ministre Idrissa Seck, à presque 58 ans, ressemble à bien des égards à un rescapé de la traversée d’un désert et qui aperçoit une oasis. Il se pose des questions, l’esprit encore importuné par les chauds rayons de soleil qui ont embrasé son odyssée. Ce qu’il voit – ce n’est pas un mirage car un homme vient lui attraper la main -, ne serait-il pas plus qu’un simple point d’eau, plus qu’une simple oasis ? Ne serait-ce pas une vraie ville, une vraie ; le retour donc à la vie ?

Ainsi donc, Idrissa Seck pourrait devenir le « sauveur », l’incontournable, l’homme de la situation pour « Manko Taxawou Sénégal », la coalition formée principalement par « Rewmi » et les soutiens du premier magistrat de la ville de Dakar, lors des dernières élections législatives. Ce sont les propres hommes de confiance, la garde rapprochée de Khalifa Sall qui le disent. S’il est condamné et écarté de la course pour la Présidentielle de 2019, le maire de Dakar, Khalifa Sall, pourrait soutenir une candidature d’Idrissa Seck pour faire face à Macky Sall. « C’est dans l’ordre du possible, il ne faut jamais dire ‘‘jamais’’. Et je ne veux pas insulter l’histoire », a confessé dans « L’Observateur » le maire de la Médina, Bamba Fall (membre du premier cercle de l’édile dont le procès débute le 21 janvier, après deux renvois et la décision de confier la présidence au juge Malick Lamotte en remplacement de son collègue, Magatte Diop).

Se voulant plus prudent, et sans doute pour éviter de froisser les autres soutiens du maire de Dakar qui visent, eux aussi, le palais, Bamba Fall s’est empressé de mettre la pédale douce : « Nous appartenons à une coalition où on peut avoir plusieurs candidats venant du Parti socialiste ou des autres formations politiques. Le moment venu, on décidera », a-t-il toutefois tempéré.

Mais le maire de la Médina croit aux chances du maire de Dakar de s’en sortir. Il dit : « Je ne veux pas parler de plan B, parce que je suis persuadé que Khalifa Sall sera bientôt libre, parce qu’il est innocent ».

La perspective de voir Idrissa Seck obtenir un vaste rassemblement autour de sa personne, surtout avec les « khalifistes », lors du scrutin de février 2019, est en elle-même pour lui comme une aubaine, d’autant plus appréciable pour ses (derniers) partisans que l’image de leur leader était au plus bas au sein de l’opinion, pesant peu dans l’animation du jeu, constatant, comme tout le monde, le départ de la plupart des ténors de « Rewmi », scotché sur la touche par le peu de confiance qu’il inspirait, se limitant à son association (l’esprit ailleurs) à l’agenda de l’opposition, et, surtout, un Idrissa Seck descendu tellement bas dans les forages de la mauvaise passe politique qu’il risquait de trouver du…pétrole. Qui l’eût cru, il y a quelques mois, quand il en était encore à s’énerver, lors d’une conférence de presse, après une énième question sur le fameux « protocole de Rebeuss » qui lui a permis de sortir discrètement de prison le 07 février 2006, avec l’heureuse coïncidence que, ce jour-là, tous les esprits étaient tournés vers le stade national du Caire où les « Lions » affrontaient les Pharaons, futurs vainqueurs de la compétition, en demi-finale de coupe d’Afrique des Nations de football ? Un « protocole de Rebeuss » qui lui a certes permis d’être élargi de prison, mais dont les effets ont assis à son désavantage un sentiment de « négociateur sur le dos du peuple », comme on le comparera plus tard avec « l’affaire Karim Wade ». Mais l’Histoire retient qu’il a été blanchi par la justice avec un non-lieu total délivré par la Haute cour de justice.

Dos au mur

Idrissa Seck est dans l’obligation de sortir du bois avant les autres, de lancer prématurément sa campagne pour la présidentielle de 2019, conscient qu’il est que, battre Macky Sall (en cas de second tour, surtout en zone rurale), sera aussi improbable qu’il a deux problèmes. Le premier est facile à évacuer : il s’agit de ses relations avec le plus puissant parti de l’opposition, le Pds, de son chef, et surtout de Karim Wade. Renouer avec Me Wade dans le cadre d’une alliance électorale est quasi-impossible. La deuxième épine dans les babouches du maire de Thiès est acérée, fait mal, bref l’heure est grave pour lui car, ce sont ses propres hommes qui le désavouent. Il s’agit des départs et démissions qui ont rythmé son parti ces derniers mois. Dur pour le maire de Thiès même s’il n’en laisse rien paraître. Tous les membres fondateurs connus de « Rewmi », à l’exception de Mme Ndèye Maguette Dièye, (ancienne maire du Point-E), ont largué les amarres, chacun avec ses justifications, mais tous sont unanimes à motiver leur départ par le fait que l’homme n’est pas « reconnaissant », décidant souvent seul et usant de ses ouailles comme de simple « outils », selon l’un d’eux qui lui en veut particulièrement. S’il veut aborder 2019 dans des conditions sereines et au moins optimistes, il lui faut d’abord arrêter l’hémorragie, recruter, réorganiser et faire oublier ses passifs. Il démarre sa campagne car il sait qu’il repart quasiment de zéro et que ses adversaires sont puissants.

« Rewmi » se dépeuple

La dernière piqûre d’épine, c’est la démission de l’ancien porte-parole et ancien député, Thierno Bocoum, qui maintint en vie parlementaire le parti, lors de la dernière législature, et assura sa présence sur la scène médiatique avec un tel zèle et engagement que sa séparation avec le président du Conseil départemental de Thiès a secoué le microcosme. Beaucoup sont partis et pas des moindres : Youssou Diagne (premier président de l’Assemblée nationale sous le Sopi) : Pape Diouf (Bambey), ancien ministre ; Oumar Guèye, actuel ministre de la Pêche et de l’Economie maritime. Ces deux derniers, membres du premier gouvernement nommé par Macky Sall, avaient refusé de rompre la dynamique d’alliance avec la majorité comme l’exigeait Idrisssa Seck. Il y a la notaire Me Nafissatou Diop Cissé ; Samba Thioub, Waly Fall, Ousmane Thiongane, Lena Sène, Oumar Sarr (ancien député), Awa Guèye Kébé (ancienne ministre), Vieux Sandjiry Diop (longtemps chef de sa sécurité aujourd’hui dans le privé après avoir été contraint de quitter la Fonction publique), et les anonymes et ça ne va pas mieux au plan électoral. Idrissa Seck, investi comme tête de liste départementale avec « Manko Taxawou Sénégal », il est battu à Thiès, alors qu’il venait de nommer, quelques mois plus tôt, le jeune polytechnicien Déthié Fall vice-président de « Rewmi ». La frustration est grande chez beaucoup de militants. Certains « rewmistes » ne reprochent rien à Déthié Fall (le nouveau numéro deux et actuel chouchou de l’ancien de Sciences-Po Paris), mais sa nomination a été perçue comme « le fait du prince », une nouvelle démonstration du sentiment de propriété (comme beaucoup d’autres) qu’a Idrissa Seck vis-à-vis de son parti. Un sentiment qui relègue souvent au second rang les opinions de ses collaborateurs, souvent ignorés. Lors des législatives, leur coalition arrive en 3ème position avec 07 députés dont Déthié Fall.

Flash-back

En 2012, le candidat Idrissa Seck était arrivé en 5ème position avec un score plus que décevant de 08% au premier tour. Macky Sall arrive au pouvoir alors que, dans le sillage de son élection, il décide de maintenir la dynamique qui lui a donné les clés du pays en demandant à Idrissa Seck de lui désigner deux ministrables de « Rewmi ». Ce seront Pape Diouf et Oumar Guèye. Pour les législatives de 2012 qui suivent, la méthode est reconduite. Thierno Bocoum fait son entrée dans l’hémicycle. Mais Idrissa Seck refuse soudain de ne pas retarder l’échéance : c’est le palais qu’il veut ; il sait que le Président Macky Sall est le nouveau maître du jeu, pense que le nouvel élu a usurpé sa place et qu’il ne saurait être un allié, alors que tout les oppose. A cause de Macky Sall et des Sénégalais, il ne sera pas « le quatrième président de la République », ainsi qu’il le clamait urbi et orbi. Pour toutes ces raisons, en septembre 2013, il quitte l’alliance « Benno » qui avait porté Macky Sall au pouvoir, lors de la présidentielle, et s’inscrit dans l’opposition radicale.

Pourtant, lors de la première présidentielle de 2007, avec 510.922 suffrages face à Wade, il avait réussi à arriver en deuxième position avec 14,93% des voix devant les ténors de la vie politique sénégalaise comme Niasse ou encore Tanor et une dizaine d’autres. Le maire de Thiès, blanchi par la justice, surfait alors sur une vague de sympathie, accentuée par l’issue de l’affaire qui l’avait envoyé en prison. « Les Sénégalais n’aiment pas l’injustice », aime-t-on à dire. Justement, beaucoup pensaient qu’il avait été injustement embastillé et il avait alors largement bénéficié de cette fameuse prime que l’électorat sénégalais accorde aux candidats neufs et ayant subi une « injustice ».

La tâche est aussi rude car son opposition radicale au régime est en concurrence (avec du retard) sur ce plan avec le président Wade, devenu chef de l’opposition pour la deuxième fois dans sa longue et historique carrière politique. Idrissa Seck avait pourtant un boulevard devant lui. La question du dauphinat en sa faveur était presque réglée, lui « le jardinier de ses rêves ». Avant que Karim Wade ne devienne le choix de son père. Le maire de Thiès dira lui-même un jour, rapportant les propos de Pierre Aïm, proche des Wade et à propos de la montée en puissance alors en cours de Karim Wade : « Tu seras un excellent fils de substitution en attendant la maturation du vrai fils ! »

Au fil des ans, directeur de campagne en 1988, ministre libéral du Commerce lors de la formation du deuxième gouvernement de majorité présidentielle élargie sous Abdou Diouf, gardien du temple sopiste alors que le chef était confiné dans un triste « exil » versaillais, à nouveau directeur de campagne et inspirateur victorieux de « la marche bleue » en 2000.

Après 26 ans d’opposition, Me Wade réalise le Sopi. Le Pds est au pouvoir et Idrissa Seck en est le numéro deux. Il devient un puissant directeur de cabinet du président de la République et, enfin, Premier ministre en remplacement de Mme Madior Boye, peu après le terrible naufrage du « Joola » en 2002. Il avait su peaufiner son image de fidèle parmi les fidèles mais aussi, disent ses détracteurs, manœuvrer pour écarter ses adversaires réels ou supposés. Entre 2000 et 2004, il a régné, le président Wade lui vouant une confiance aveugle. Il placera ses hommes, accentuera son contrôle sur le Pds, sévira, humiliera certains fiers qui osaient lui tenir tête, mais très vite, ses relations avec le président Wade se dégradent et il ne peut contenir l’influence de plus en plus grandissante de Karim Wade. Ce sera ensuite l’affaire des « chantiers de Thiès », le pouvoir accusant Idrissa Seck d’avoir détourné de l’argent destiné à moderniser Thiès, ville dont il est le maire à l’époque. Il est envoyé en prison. Après des mois de détention, la justice le blanchit.

Des erreurs qui ne pardonnent pas

« Certains lui reprochent son arrogance, son éloignement de la base du parti, son goût du pouvoir et de l’argent. D’autres l’accusent d’avoir, par ambition aussi, mystifié ses concitoyens par ses connaissances coraniques, remises en question par les érudits », écrivait dans son blog, Abdourahmane Sène alias Rakhou, un bibliothécaire thiéssois qui en sait long sur celui Idy.

Son bref passage au pouvoir, au palais d’abord, à la primature ensuite ont trahi selon un de ses anciens collaborateurs l’un de ses vieux démons : toujours rappeler qu’il est le chef. Ses négociations avec Wade en 2011, les allers-retours au palais et le nombre d’ennemis qu’il s’est créés malgré le cynisme de la démarche enclenchée contre lui, ont altéré l’estime que lui vouait une partie de l’opinion. C’est un homme d’Etat, réputé intelligent, au style original reconnu par une communication attractive entretenue par une maîtrise du wolof et du français, en trouvant toujours la bonne formule qui fera mouche et attirera à lui la presse ; mais la conséquence en est que son discours est dénaturée par son style que certains trouvent cassant. Lors des dernières municipales, il part en vrille quand il met en selle Talla Sylla qu’il fait élire maire de Thiès. Erreur ! Car le pouvoir a le don de se trouver de nouveaux alliés. Aujourd’hui, le vote du budget de la mairie de Thiès n’a pas encore eu lieu pour cause de blocage. Les investitures lors des législatives finissent d’éteindre les ultimes illusions du dernier carré de fidèles.

L’atout Abdourahmane Diouf

Idrissa Seck est un redoutable opposant avec un discours large, toujours argumenté, et rien ne lui échappe, semble-t-il. Il ne rate pas le régime et met le doigt sur les plaies béantes qui entachent certaines démarches du pouvoir. Il raille. Il dénonce. Lors d’une visite du chef de l’Etat à Thiès, Idrissa Seck use d’une bonne formule et demande à Macky de mieux travailler, d’user de manière forte de la cravache avec son cheval car il ne court pas vite alors que le pays est pressé. Le cheval, symbole de l’Alliance pour la République (Apr), le parti présidentiel. La guerre venait d’être officialisée.

S’il maintient cette dynamique de « visites » dans le pays profond, s’il parvient à décrédibiliser les « performances » de la gouvernance de Macky Sall, si des affaires politico-judiciaires ou le réchauffement du front social (éducation nationale, chômage des jeunes, exacerbation des revendications syndicales, crise de l’émigration, insécurité) ou une pluviométrie calamiteuse s’accentuent, Idrissa Seck pourrait peser. Il dispose toujours du bagout auprès des médias d’un des actuels piliers de « Rewmi », Abdourahmane Diouf. Mais un observateur souligne que sa première équation à résoudre est l’endiguement de la vague de ralliements au Président Macky Sall et à la coalition « Benno Bokk Yakaar » largement majoritaire à l’Assemblée nationale. Et que la deuxième est sa capacité de devenir (enfin) un (grand) rassembleur, celui qui cristallisera les rancœurs de tous les déçus du septennat du chef de l’Etat et construira une large plate-forme capable de l’ébranler. Celui qui va vers sa troisième présidentielle aura besoin d’énergie car la présidentielle, c’est dans un peu plus d’un an et il devra constamment être sur la brèche. L’issue du procès de l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar n’intéresse pas seulement au plus haut point Khalifa Sall et ses co-accusés…

Mor Aïta NDIAYE (Journal Kiritik N° 24)

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