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Une présidentielle sans véritable pluralisme politique ni voix citoyenne : Quel gâchis pour notre démocratie !

Une présidentielle sans véritable pluralisme politique ni voix citoyenne : Quel gâchis pour notre démocratie !

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by janvier 6, 2019 A la une, Opinion

NETTALI.SN – L’élection présidentielle de 2019 risque d’être la plus pauvre en termes de pluralisme politique et d’idées. L’ostracisme, l’inculture et la boulimie du pouvoir d’un camp l’auront donc emporté sur la civilité et la noblesse dans l’adversité politique. Le parrainage ne sera pas seulement le bourreau de quelques partis et coalitions : il sera aussi et surtout le bourreau des idées les plus diverses et, peut-être, les plus généreuses. C’est manquer véritablement d’ouverture d’esprit que de chercher à réduire la démocratie à une simple question de nombre. Les nombres peuvent simplement aider à départager les hommes lorsque les idées n’arrivent pas à les départager. Nos idées ne sont pas quantifiables, aucune mesure de grandeur ne peut établir leur valeur et de toute façon nous perdrions une grande partie de notre humanité si nous faisions des nombres les seules normes de nos conduites et de nos choix.

En démocratie, il ne s’agit pas seulement de faire valoir la popularité : il faut aussi faire la promotion des idées. Or il y a des partis dont l’apport en termes de propositions et de débats est incommensurable à leur valeur électorale. Ce que Macky est en train de faire est doublement dangereux : d’abord il risque d’appauvrir l’espace politique en le vidant de tous ceux qui n’ont pas de légitimité populaire, or la vertu et la science n’ont rien à voir avec la popularité (Socrate disait que ce serait absurde de soumettre une vérité mathématique à un suffrage universel); ensuite les manigances et manipulations indignes qu’il est en train d’orchestrer obligeront certains à adopter une radicalité dangereuse pour la paix et la concorde nationales.

Nous sommes dans une démocratie où les nouvelles entités sont condamnées à demeurer dans les périphéries du jeu politique ! Car une campagne électorale est également une foire pour la promotion de certaines forces nouvelles par la qualité de leurs idées et valeurs. La nature du débat politique dans notre pays est telle que, c’est à l’occasion des élections présidentielles que les plus grandes idées sont conçues puis proposées aux populations. Nous sommes dans un pays où l’équilibre dans le traitement médiatique de l’actualité politique a été rompue depuis 2012 : les acteurs politiques qui occupent les médias sont pratiquement les mêmes. En éjectant, par un jeu des chiffres, des initiatives citoyennes et des personnalités indépendantes des joutes électorales, on oublie qu’une campagne électorale et une élection présidentielle ne sont pas seulement des compétitions pour le maximum de suffrages. Il s’agit, à travers ces évènements majeurs, de contribuer à la formation politique et citoyenne des masses populaires. Une démocratie n’a de sens que si elle permet à ceux qui sont au bas de la pyramide de s’élever au niveau de ceux qui sont au sommet. L’idéal dans une démocratie, c’est que les élites puissent contribuer à l’ouverture de la cité par la propagation des idées et des innovations.

Des synergies politiques comme Fippu sont d’une fécondité telle que les écarter des joutes électorales, c’est délester les Sénégalais des fruits d’une mutualisation d’idées et de compétences qui pourraient être partagées directement avec les citoyens. Seule entité à s’être réunie autour d’idées, de valeurs et de projets discutés avant de choisir un candidat, la coalition Fippu est une innovation majeure dans le landerneau politique. Toutes les autres coalitions se sont bâties autour d’une personne providentielle ou d’un parti traditionnel : au contraire la coalition Fippu s’est constituée autour de convergences suscitées par des débats et des coopérations muries et motivées aussi bien sur le plan sociologique que sur celui des principes moraux. Congédier les idées et la confrontation des visions au par le biais d’une logique arithmétique, c’est courir le risque de travestir le jeu politique en élevage de porcs, en ayant comme seul souci la valeur numérique. Nous devons être persuadés que pour un challenger sérieux, l’expérience d’une élection présidentielle perdue peut être rédemptrice : on en sort politiquement grandi et fortifié.

Il faut, par conséquent, continuer la lutte ferme pour imposer à Macky Sall l’exigence d’une grande diversité des camps et des candidats, chose qu’il redoute par-dessus tout. Plus il y a des candidats plus Macky Sall sera affaibli : la bataille contre la ségrégation politique qu’est le parrainage est une question de survie pour notre démocratie. Si on y va avec cinq candidats, Macky a des chances d’être réélu dès le premier tour. Et ce, non pas parce qu’il est sociologiquement majoritaire, mais par le principe de l’engourdissement politique qui résulterait de l’élimination de plusieurs ténors. Il y aura une inhibition des voix due à la nature complexe de l’électorat. Car il y a des citoyens qui, si Khalifa est recalé n’iront même pas voter (abstention!). Il y a des militants de Idy qui, si ce dernier ne participe pas, ne voterons jamais pour un autre candidat, étant donné que les frictions politiques sont parfois difficiles à transcender pour les militants. Or par expérience, on sait que plus il y a abstention, davantage ça fait l’affaire du régime en place. La politique est très compliquée chez nous, et il faut prendre en compte plusieurs paramètres pour ne pas avoir des mauvaises surprises. Par exemple : les parents, amis et admirateurs d’untel voteraient pour le candidat X par solidarité à leur parent ! Par conséquent, si X n’est pas candidat et que ce « Untel » soit démobilisé, il emportera les siens dans son découragement. Appliquons cet exemple à tous les candidats recalés et on comprendra la pertinence d’avoir plus de dix !

Imaginons maintenant 12 candidats, chacun avec leur écurie : le bouillonnement sera tel que, même les plus sceptiques se décideraient à participer activement à la campagne et tout faire pour voter et faire voter. Ce vote massif en faveur des candidats affecterait à coup sûr le suffrage du président. Prenons la calculette et on verra tout de suite que plus il y a de votants, moins la marge du pouvoir est réduite : c’est ce qui a fait recette en 2000 et en 2012. Une fois que les nombreux « petits candidats » feront basculer le suffrage universel au premier, la certitude de l’alternance fera le reste. C’est pourquoi nous devons nous battre afin de libérer toutes les énergies politiques.

Alassane K KITANE professeur de philosophie

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