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Témoignages des anciens collègues du professeur Ibrahima Pierre Ndiaye, neurologue : Un pionnier de la neurologie et homme multidimensionnel est parti

Témoignages des anciens collègues du professeur Ibrahima Pierre Ndiaye, neurologue : Un pionnier de la neurologie et homme multidimensionnel est parti

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Ce sont ces qualités que beaucoup retiennent du Pr Ibrahima Pierre Ndiaye : générosité, respect, humilité, œuvrant dans le social. Le professeur Ibrahima Pierre Ndiaye, plus connu sous le nom de Pierre Ndiaye est décrit comme un homme multidimensionnel, pionnier de la neurologie qui n’hésitait pas à aider son prochain et surtout les patients qui ne pouvaient se payer les médicaments ou l’hospitalisation. « C’est une bibliothèque qui est partie », regrettent ses collègues de l’hôpital Fann. L’homme parti à l’âge de 78 ans fut le premier noir, en Afrique occidentale, à être agrégé en neurologie, et ses enseignements ne se limitaient pas au Sénégal, mais s’étendaient dans la sous-région. Et c’est dans ces pays, que bons nombres de patients affluaient pour bénéficier d’une consultation ou des soins du Professeur Ibrahima Pierre Ndiaye. Ses amis, proches, et collègues l’ont accompagné à sa dernière demeure au cimetière de Yoff hier.

Au Centre Hospitalier Universitaire de Fann, les collègues du service neurologie se rappellent du professeur Ibrahima Pierre Ndiaye, la voix chargée d’émotions, bercé par des souvenirs inoubliables.

UN TRAVAILLEUR

Pour Mme Aw, Major du service de neurologie, regarder le comportement du professeur suffisait à apprendre de lui : « Le professeur Ibrahima Pierre Ndiaye était un père, un maître, une personne sociale. On ne peut lui attribuer un rôle tellement il était multidimensionnel. J’ai commencé à le côtoyer en 1998, à mon arrivée à l’hôpital Fann au service de neurologie, jusqu’à sa retraite. Il était un maître car on apprenait certaines choses sur lui rien qu’en regardant son comportement, ses agissements, sa façon de s’adresser aux gens. J’ai eu à travailler avec lui au niveau de la scanner et la radio. Et c’est le premier qui venait au service et le dernier à partir.

GENÉRÉUX

Sur le plan social aussi, en tant que chef de service, il avait la prérogative de signer des cas sociaux, et à chaque fois qu’on l’interpellait sur le cas d’un patient qui n’était pas en mesure de payer, c’est lui le professeur qui dépensait son propre argent pour payer pour le malade en question. Au-delà de l’ordonnance et de l’hospitalisation, il pouvait aussi commander pour un malade des repas, car il disait souvent que les gens ne sont pas malades mais malnutris. Donc voilà un autre aspect du côté social qu’on connaissait de lui et qui nous a beaucoup marqué. Il était également un éducateur, tout le temps il nous exhortait à nous cultiver et à apprendre davantage. C’est grâce à lui si aujourd’hui j’ai évolué, de l’aide-infirmier jusqu’à l’obtention de mon master 2. Tout ça pour vous dire qu’il dépassait de loin les dimensions auxquelles on l’attribuait.

HUMBLE

Il ne se contentait pas seulement d’être un médecin. Humble, il pouvait se fondre dans la masse. Ils discutaient avec les infirmiers, les brancardiers, et toutes les autres couches socio-professionnelles et n’hésitaient pas à les conseiller. Donc c’est une personne incomparable, et vraiment on a gardé de bons souvenirs de lui d’autant plus qu’il nous inspire. Lorsqu’il a pris sa retraite, voulant continuer à servir la nation, il est allé au service privé, et là aussi, certains patients pouvaient bénéficier de sa générosité, donc on ne peut que prier pour lui, que la terre lui soit légère et que Dieu l’accueille au paradis. »

HUMANISTE

Awa Diallo, technicienne à l’hôpital Fann, se remémore aussi du Pr Pierre Ndiaye. Selon elle, l’homme était accessible en tant que chef de service. « Lorsque nous venions le matin, lui était déjà, très tôt et il nous a formé sur ça. Moi qui vous parle, je suis venue ici en tant que vacataire, on n’avait pas de salaire ni même de quoi payer le transport, mais c’est lui qui se chargeait de nous donner, et à l’occasion des fêtes, c’étaient des enveloppes qu’on recevait de lui. On a vécu comme ça avec lui jusqu’à sa retraite. J’ai appris la nouvelle de son décès vers 5 heures du matin, mais je ne pouvais pas me retenir. Je me rappelle un jour, on s’est croisé dans un supermarché, à la caisse, et il a payé mes courses. Pourtant à ce moment-là, il avait pris sa retraite, mais n’empêche, il a insisté pour payer mes courses. C’était vraiment un homme généreux. On prie pour lui, que le paradis soit sa dernière demeure, et je demande à tous de prier pour lui ».

IMMORTALISÉ À LA CLINIQUE CHEIKH ANTA DIOP

En face de l’hôpital Fann, il y a la clinique Cheikh Anta Diop de Dakar. Là aussi, le personnel est attristé par la disparition du professeur Ibrahima Pierre Ndiaye. Preuve à l’appui, à l’accueil c’est le nom du professeur qu’on entend. Un peu plus tard, le réceptionniste console une dame âgée, le visage chamboulé par le chagrin : « si vous, vous pleurez, alors nous qui passions la journée avec lui, qu’allons-nous faire ? », lui demande le jeune homme tentant de le consoler.

Le responsable administratif et financier de la clinique Cheikh Anta Diop retient du Pr Pierre Ndiaye « un médecin généreux, un homme affable, disponible, gentil, accueillant ». Assurant que mis à part ses relations humaines, et sa qualité de médecin, le responsable rappelle que Pierre Ndiaye est le premier homme en Afrique francophone à être agrégé en neurologie ». Il ajoute que c’était un médecin utile. « Je suis sûre que l’Afrique de l’Ouest n’aura plus une personnalité de la taille du Pr Pierre Ndiaye », renchérit-il. Son engagement dans le social était connu de tous, et étant à la clinique, tous les mardis, Pr Pierre Ndiaye envoyait la somme récoltée de ses consultations à l’hôpital Fann. Il consultait gratuitement les malades du troisième âge, « son problème n’était pas l’argent, mais il était soucieux de satisfaire les patients et les populations ». Il évoque également la rigueur, l’expertise et la ponctualité du professeur, non sans oublier de mentionner sa piété dans la religion. Parlant d’hommage, le responsable pense que donner à l’hôpital Fann le nom du Pr Ibrahima Pierre Ndiaye ne serait pas de trop. La secrétaire médicale de la clinique, Adama Diallo, souligne que le Pr Pierre avait acheté des tapis de prière et en avait mis un peu partout dans la clinique pour les patients.

DISTINGUÉ PARTOUT

De son vivant, le Pr Pierre Ndiaye a reçu des distinctions dont « les Palmes académiques du Conseil Africain et Malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES), la légion d’honneur française, l’Ordre national du Mérite du Sénégal. Et lors de sa retraite à l’hôpital Fann en novembre 2016, le ministre de la santé d’alors, Awa Marie Coll Seck lui a rendu hommage en baptisant le service de neurologie au nom du Pr Ibrahima Pierre Ndiaye. Il fut également censeur de la faculté de médecine, pharmacie et odontologie à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, vice-président de l’Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal (ANSTS).

(Journal KRITIK)

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